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Interview avec eMmA MessanA : Bénéficier d’un Plan de Départ Volontaire pour devenir artisan auto-entrepreneur

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Catégorie(s): Retours d'expérience

Aujourd’hui je vous propose de découvrir l’interview d’eMmA MessanA, une artiste collagiste qui partage avec nous son parcours de créatrice et artiste.

Comment transformer une passion artisanale en entreprise alors qu’on travaille depuis des années comme salarié(e) ? Vous allez notamment découvrir le dispositif du Plan de Départ Volontaire, mais aussi le Stage de Préparation à l’Installation que certains voient plus comme une simple contrainte, mais qui peut s’avérer très utile pour créer son entreprise dans de bonnes conditions.

 

emma-messana

 

1) Bonjour eMmA, vous venez tout juste de créer votre entreprise. Quel statut avez-vous choisi et quelle est votre activité ?

Bonjour Ronan, oui, en effet ma micro entreprise, Les Collages d’eMmA MessanA, a été créée début août 2014 sous la forme d’une auto-entreprise.

Je fabrique et colle des pièces uniques sur papier et cartonnages.

 

 

2) J’imagine que cette activité artisanale n’est pas nouvelle pour vous ?! Pouvez-vous nous expliquer un peu plus en détail en quoi consistent les collages et comment cette envie de création vous est venue ? Et pourquoi avoir décidé après tant d’années de passion, d’en faire une entreprise ?

Vous avez raison, car du plus loin qu’il m’en souvient, j’ai toujours eu la fascination du papier qu’il soit doux, fin et fragile ou plus brut et rugueux. J’aime les couleurs, les formes et les visuels qu’il véhicule jusqu’à notre imaginaire. Et puis, je suis effarée de constater que nous déversons dans nos poubelles tant de quantités de magazines à peine lus, de jolis papiers d’emballage encore neufs, des journaux tout juste dépliés, etc.

C’est le désir de redonner vie à cette formidable matière première en la rendant intemporelle qui m’a conduite tout naturellement à l’art du collage. J’apprécie la liberté artistique illimitée et la fantaisie qu’il permet. J’assemble des fragments qui a priori ne se seraient jamais côtoyés et les recycle et les transforme ainsi en œuvre d’art soignée et délicate. Une fois collés sur feuilles de papier, boîtes en carton ou tout autre support, les visuels ainsi recomposés racontent d’improbables histoires. C’est un peu mon développement durable personnel…

Je ne retravaille pas ces collages via les nouvelles technologies pour leur assurer un caractère unique.

Depuis six ans, je m’adonne à l’art du collage de façon régulière et c’est il y un an que j’ai décidé de cadrer cette activité artisanale en l’officialisant.

 

 

3) Quel est votre parcours avant la création de cette activité ? Pourquoi avoir décidé de créer votre propre entreprise ? Est-ce un complément d’activité ou est-ce désormais votre activité principale ?

J’ai été salariée d’une grande entreprise française de transport aérien durant 35 années très épanouissantes et valorisantes. J’y ai occupé différentes fonctions commerciales et de support tant à Paris qu’en régions, ainsi que des postes de gestion des stocks au siège. J’ai également eu la responsabilité d’un service qualité veillant au maintien de la certification ISO 9001, ainsi qu’à l’écoute de la voix du client à la vente directe du marché français.

Ces diverses expériences de connaissance du client, de la communication, de l’organisation et la gestion sont autant d’atouts à mettre au service de ma petite entreprise.

Durant ces années, je n’ai jamais mis de côté mes activités artistiques, mais je ne les pratiquais que le week-end, durant les congés et même souvent à une heure avancée de la nuit.

C’est un équilibre qui m’était nécessaire pour m’accomplir, mais je rêvais du jour où je pourrai avoir la liberté d’auto-entreprendre en me frottant à une réalité concrète d’entreprenariat. Pour moi, c’était une question de légitimité.

L’animation de mon blog depuis six ans m’avait déjà conforté dans le fait que mon produit et ma démarche plaisaient. Je ne partais donc pas de rien du tout.

C’est à la faveur d’un PDV il y a un an (plan de départ volontaire) que proposait l’entreprise qui m’employait que j’ai décidé de m’engager à plein temps dans cette nouvelle vie.

Mon idée est de générer des revenus complémentaires pour les 35 années à venir ;)

Certes, je suis sur une activité artistique, mais je sais aussi, sans naïveté, garder les pieds sur terre pour la dynamiser, la rendre pérenne, lui donner une réalité et la développer de façon raisonnable.

Équilibrer créativité et rigueur de gestion.

 

 

4) Avez-vous suivi une formation ou avez-vous bénéficié d’aides pour la création de votre entreprise et son développement ?

Oui, grâce au PDV (plan de départ volontaire), j’ai bénéficié d’une aide, de conseil et d’un soutien financier.

J’ai d’abord été neuf mois en congé de reclassement. Un cabinet extérieur a été mandaté par l’entreprise pour le suivi et l’accompagnement de mon projet, notamment pour le choix de sa forme juridique et pour ma formation. Pour la partie créative, je suis autodidacte, mais j’ai suivi quelques petits modules complémentaires.

La formation SPI (stage de préparation à l’installation) à la CMA m’a également été entièrement financée. Celle-ci qui n’était pas encore obligatoire lorsque j’ai commencé mes démarches, s’est révélée pour certains points, utile. Je me félicite de l’avoir suivie, d’autant que cela est devenu obligatoire.

J’y ai vu un intérêt surtout en ce qui concerne les démarches administratives, fiscales et sociales. Imaginez que je n’avais jamais entendu parler de ma vie du RSI, de l’ACCRE ou du versement fiscal libératoire !

En revanche, pour ce qui est de la partie commerciale ou marketing, elle ne m’a pas été d’une grande aide, compte tenu de mon très proche passé professionnel.

Un autre  point positif, c’est que l’on se retrouve parmi des auto-entrepreneurs de divers horizons et corps de métier. On peut ainsi confronter ses idées.

De plus, on ressent  la fierté d’appartenir à un ensemble de personnes. C’est fédérateur et enrichissant. On entend et partage leurs doutes et préoccupations, mais également l’envie d’entreprendre.

Cela a généré chez  moi une formidable énergie à mettre au service de la création.

 

Ensuite, une fois l’entreprise créée, puis durant les six premiers mois de son existence, des indemnités sont proposées à condition de réaliser un certain chiffre d’affaires et ce dans un calendrier imparti.

J’ai prévu de poursuivre ma formation autant que possible et suis inscrite à une prochaine session de 4 jours en vue de la création d’un site marchand qui viendra compléter mon blog.

 

 

5) Est-ce que le régime auto-entrepreneur s’est immédiatement imposé comme la solution idéale pour votre projet ?

Oui, sans hésitation mon choix s’est immédiatement porté sur l’AE qui est le statut le plus simple et ne nécessitant pas de disposer de fonds importants.

Le statut d’auto-entrepreneur m’a séduite pour différentes raisons :

  • mon activité est simple
  • mon stock et les frais divers ne sont pas exorbitants
  • un chiffre d’affaires annuel modeste qui entre largement dans la fourchette du maximum autorisé

Très encourageant : dès le premier mois de mon activité, j’ai du chiffre d’affaires à déclarer et des commandes en cours à honorer.

 

 

6) Vendez-vous plutôt des créations originales ou des créations sur base de demandes spécifiques ? Vos clients sont-ils plutôt dans votre entourage géographique ou sur Internet ? Comment faites-vous pour démarcher et trouver vos clients d’une manière générale (et notamment sur Internet) ?

Mon petit atelier se trouve chez moi à Paris 11ème, il n’est donc pas ouvert au public. Dès que l’un de mes nouveaux collages est sec, (et même parfois avant !) je le mets en ligne dans le blog que j’anime depuis plus de six ans, ainsi que sur la page facebook créée récemment. Ainsi des visiteurs nouveaux ou fidèles m’expriment leur avis. Si mon travail a rencontré leur sensibilité, ils s’offrent ou offrent l’une ou l’autre des compositions présentées.

Parfois on me commande la création d’un collage qui n’existe pas encore. La démarche est plus délicate, car il me faut entrer dans l’imaginaire du commanditaire. Après plusieurs échanges ou rencontres, je parviens à cerner la demande et à produire le collage espéré.

 

J’ai des clients à Paris, en Ile de France, en régions. Certains de mes collages se trouvent également en Suisse, à Londres, en Corse, aux Antilles, à Montréal, au Maroc, en Belgique, en Inde…

Qu’ils soient géographiquement éloignés ou en région parisienne, nous avons développé des relations basées sur des valeurs qui me sont chères telles que la proximité, la simplicité, le partage, l’attention à l’autre.

 

J’expose aussi régulièrement à Paris et c’est l’occasion de mettre un visage sur mes clients. Certains viennent de loin pour me rencontrer. Cela permet aussi de toucher de tout nouveaux adeptes des Collages d’eMmA MessanA.

La prochaine a lieu les 21 et 22 novembre à Paris 12ème. Vous êtes tous invités !

Tous savent que je soutiens APRES SCHOOL à Pondichéry (Inde) et que 5% de leur achat sont versés à l’association caritative APRES (France), dont Yves Duteil est le Président.

Je suis réaliste, mon ambition n’est pas de me développer outre mesure, mais juste de donner une meilleure visibilité à mon activité, de me diversifier en étant attentive aux tendances, en m’appuyant sur les particuliers qui m’ont déjà sollicitée et en faisant confiance au bouche à oreilles, en osant la prospection directe vers des professionnels sur la zone de chalandise autour de mon domicile, tels que des petits commerçants, hôtels, maisons d’hôte, boutiques, qui souhaiteraient décorer leurs murs avec mes collages.

Se dire que ce que l’on crée touche quelqu’un, c’est juste magique !

 

 

7) Avez- vous préparé votre projet de création d’entreprise avant de vous inscrire en auto entrepreneur ? Quelles ont été les étapes pour préparer ce lancement ? Avez-vous fait une étude de marché, un business plan, une formation en création d’entreprise ? Avez-vous rencontré un comptable ou un conseiller ?

Oui, mon projet a été minutieusement préparé, de toute façon l’ensemble de ces phases et étapes étaient obligatoires pour que mon projet soit considéré comme étant viable et donc accepté et validé par mon entreprise pour un départ dans le cadre du PDV (plan de départ volontaire).

Je ne fais pas appel à un comptable, compte tenu de la simplicité des opérations que je suis capable de réaliser seule (et puis, mon époux est d’excellent conseil étant un professionnel de la Finance).

Pour moi, composer un collage demande d’être seul, face à mon travail de création. Ensuite il est essentiel de s’ouvrir à l’autre, de communiquer, pour qu’il juge de ce travail.

La partie gestion me plait aussi, car elle permet de prendre un recul essentiel sur son activité.

Ces ambivalences me conviennent car j’aime la diversité, le passage de périodes calmes et presque introverties à d’autres nécessitant de dialoguer et convaincre. C’est un plaisir que de faire tout soi-même car tout se complète et s’imbrique.

 

 

8) Avez-vous rencontré des difficultés avec les démarches administratives et si oui comment les avez-vous résolues ?

C’est à la suite du stage SPI (stage de préparation à l’installation) que j’ai véritablement entrepris les démarches nécessaires pour déclarer l’activité de mon AE auprès du CFE de la CMA de Paris. Je me suis abonnée à la newsletter  de sites comme auto-entrepreneur info pour collecter des informations et conseils, et prendre connaissance d’expériences diverses.

J’ai téléchargé tous les documents nécessaires pour la déclaration de mon activité auprès du CFE.

Malheureusement il a été impossible de réaliser une e-déclaration. Je me suis donc rendue sur place. Les démarches m’ont semblées extrêmement faciles à finaliser. Moins d’une semaine après, je recevais de l’INSEE mon certificat d’inscription au Répertoire des entreprises.

 

 

9) Depuis l’idée d’en faire une entreprise et votre toute récente inscription en auto-entrepreneur, quel est votre sentiment ? Les choses ont-elles évolué dans votre vision de votre projet et comment voyez-vous l’avenir par rapport à votre ancien statut de salariée ?

C’est une étrange sensation que de passer du statut de salarié appartenant à un grand groupe à celui d’auto entrepreneur d’une micro entreprise.

C’est un peu grisant car des notions d’indépendance et d’autonomie côtoient ce que j’estime être l’indispensable nécessité de réussir.

Car oui, je suis fière de pouvoir exploiter mon dynamisme et mon énergie au service de ma propre entreprise, mais je m’impose une certaine obligation de résultat.

Cela ne me déplaît pas, bien au contraire. J’aime ce challenge que je veux gagner à tout prix.

Bien sûr, cela est aisé pour moi, car je suis proche de l’âge de la retraite, aussi je ne mets pas le budget du ménage en péril en n’étant plus salariée. Le dispositif lié au PDV (plan de départ volontaire) est d’une grande aide et permet d’envisager mon activité sereinement comme un complément de revenus.

Pour autant, je me mets au défi de réussir mon pari d’être devenue une artisane collagiste.

Le mot artisan a pour moi beaucoup de valeur. J’y vois une certaine noblesse alliant une grande simplicité et je compte bien le rester pour au moins les 35 années à venir !

 

Je terminerai en vous remerciant pour cette interview et pour tous les précieux conseils que vous nous prodiguez. Je vous suis sur Twitter, Facebook et votre site.

Bonne chance à tous les auto-entrepreneurs !

 

http://www.emmacollages.com

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C’est motivant de voir qu’il est encore possible de se consacrer à une passion créatrice de nos jours !

La vidéo est superbement bien tournée… et donne envie de se plonger un peu plus dans l’interview pour en savoir plus sur Emma !

Du coup, je me suis fait une remarque : c’est une grande perte pour les entreprises de perdre des profils comme Emma, avec une certaine sensibilité, une touche créatrice et passionnée… les entreprises qui licencient devraient vraiment comprendre qui sont leurs employés et faire en sorte qu’ils se subliment dans leur contexte de travail… tout le monde y gagnerait !

Karla, je lis votre message seulement aujourd’hui…
Merci pour vos remarques agréables.
J’aimerais juste préciser que je n’ai pas été licenciée par l’entreprise dans laquelle j’étais salariée durant 35 ans. J’ai juste saisi l’occasion d’un plan de départ volontaire qui y était proposé pour me consacrer à cette activité artistique avec délices et une grande motivation.
J’ai pu, dans une certaine mesure, utiliser mes qualités créatrices dans mon contexte professionnel, mais cela n’avait rien de comparable avec l’art du collage.
Bonne continuation à vous.
eMmA

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