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Interview La Plume Ebouriffée : Une auto-entreprise de services liés à l’écriture

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Catégorie(s): Retours d'expérience

Aujourd’hui je vous propose de découvrir le parcours et les conseils de Catherine Falquet qui a créé son auto-entreprise sous le nom de « La Plume Ebouriffée » et qui propose des services liés à l’écriture et à la langue française d’une manière générale. Comme vous allez le découvrir, l’expérience de Catherine est particulièrement intéressante et motivante, et montre que, même après un licenciement abusif, on peut remonter la pente et se reprendre en main dans une activité dans laquelle on peut retrouver une meilleure qualité de vie professionnelle et un certain épanouissement personnel.

la plume ebouriffee

1) Bonjour Catherine, vous avez créé votre entreprise il y a un peu plus d’un an. Quel statut avez-vous choisi et quels sont les services que vous proposez ?

Bonjour Ronan,

Oui, j’ai créé mon entreprise le 1er avril 2013, ce n’était pas un poisson puisqu’elle a pour nom “La Plume Ebouriffée”. Je suis auto-entrepreneur et je propose des services liés à l’écriture au sens large, à la langue. Ainsi, j’assure des tâches de secrétariat, pour des personnes physiques et des personnes morales, je rédige des documents officiels ou formels (lettres recommandées, curriculum vitae, par exemple). Je rédige ou aide à la rédaction, de textes plus personnels, tels que discours de célébrations, textes littéraires ou académiques, je corrige des textes destinés à l’édition ou confiés par des auteurs, je donne des cours, principalement de français, à des enfants, des adultes, français ou étrangers. Je me charge des démarches administratives ou assiste mes clients dans ce parcours. Enfin, je suis en relation avec des professionnels de l’informatique pour la rédaction et/ou la traduction des textes des sites.

 

2) Quel est votre parcours professionnel avant la création de votre activité ? Pourquoi avoir décidé de créer votre propre entreprise ? Est-ce un complément d’activité ou est-ce désormais votre activité principale ?

J’ai suivi des études de lettres modernes, de lettres médiévales, de latin et de langue à l’université de Genève. J’ai longtemps été dans l’enseignement, notamment en cours particuliers pour enfants en difficultés scolaires, mais aussi parce que les parents, d’origine étrangère, ne se sentaient pas capables de suivre la scolarité de leurs enfants en France. Ensuite, je me suis occupée de mes quatre enfants pendant environ 20 ans avant de devenir secrétaire-standardiste, dans un garage automobile. J’ai terminé ma carrière salariée dans un cabinet d’assurances.

J’ai créé mon entreprise pour pouvoir donner libre cours à mon goût pour l’écriture et à mon plaisir d’aider les gens. J’ai un contact relativement facile et les clients m’appréciaient parce que je faisais tout ce que je pouvais pour leur faciliter la vie. J’entretenais, avec eux, aussi, une relation au-delà du professionnel.  Et  j’avais, naturellement, envie de me donner le temps de les choyer, d’échapper aux cadences infernales que je connaissais au standard, avec 180 appels par jour et où il faut sacrifier la relation humaine, même si je prenais du temps avec mes interlocuteurs, et que, du coup, je me trouvais en porte-à-faux, avec les normes imposées par la marque que nous représentions.

Au début, j’envisageais mon entreprise comme un complément, une sorte de madeleine de Proust, que j’aurais pratiquée presque comme un loisir, avec le secret espoir de corriger un texte qui deviendrait un succès et dont j’aurais été la première lectrice.

Puis mon dernier patron, au cabinet d’assurance, m’a licenciée. Passé le premier coup sur la tête, j’ai cherché le bon côté de la chose, et je me suis dit que c’était un signe du destin, le moment de développer mon activité.

Maintenant, je veux faire de cette activité, ma principale source de revenus, d’une part pour exercer un métier que j’aime, qui m’apporte beaucoup humainement et intellectuellement, qui me permet de m’organiser comme bon me semble. Ainsi, je vais souvent travailler au soleil, ou je suis à l’ordinateur tard la nuit. Et surtout, je n’ai plus envie de travailler avec un patron et de me retrouver à sa merci. Si je dois reprendre un poste salarié, ce sera par nécessité. Mais le travail ne me fait pas peur.

 

3) Avez-vous suivi une formation ou avez-vous bénéficié d’aides pour la création de votre entreprise et son développement ? Pouvez-vous nous parler du réseau Ecobiz ?

Je n’ai bénéficié d’aucune aide de qui que ce soit, car mon entreprise existait avant mon licenciement. Pour avoir droit à une aide, j’aurais dû la créer pendant ma prise en charge par Pôle Emploi. La seule aide à laquelle je peux prétendre, c’est que Pôle Emploi paye pour moi une (des) formation(s).

Mais pour le moment, j’ai suivi, à mes propres frais, plusieurs formations à la Chambre des Métiers d’Annecy, pour me parfaire, notamment sur le plan commercial, et en informatique. Cela m’a permis de me remettre sur les rails après mon licenciement qui a été abusif, qui m’a laissée presque sans ressource, avec des enfants qui continuaient des études. Je me suis retrouvée, depuis le mois de janvier, à ne même plus pouvoir manger : je buvais du thé avec du lait, et je dormais beaucoup car c’est ma façon de réagir aux ennuis. J’ai donc repris confiance de cette manière aussi du fait qu’à la CMA, personne ne connaissait, en détails en tout cas, mes problèmes et on me considérait comme une personne à part entière, et comme un chef d’entreprise.

C’est à la création de mon entreprise que j’ai intégré le réseau Ecobiz qui est un groupe d’entrepreneurs de Haute-Savoie et qui dépend de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Annecy qui m’a offert l’adhésion. J’ai, en effet, un métier qui relève de l’artisanat, mais qui est à la croisée des chemins de toutes les autres professions, puisque tout le monde a besoin d’écrire, et d’écrire juste.

Le réseau Ecobiz organise, à la CCI, régulièrement, des petits-déjeuners où un intervenant donne des conseils, gratuitement, sur différents sujets concrets qui vont de la maîtrise du téléphone commercial aux dispositions légales pour travailler en Suisse, ou effectuer des prestations, en passant par la psychologie des employés.

Une ou plusieurs fois par an, une soirée pour tout le réseau est organisée, avec intervention d’une personnalité du monde de l’entreprise, de la finance, de l’assurance… qui partage son expérience et des conseils. A l’issue de sa présentation, un buffet amène  tous les participants à se rencontrer, à créer de nouveaux contacts et à entretenir les relations qui nous permettent de proposer nos services ou instaurer des partenariats.

Il organise aussi des soirées à thèmes, ainsi au mois de mars, nous avons eu une soirée “speed dating” à laquelle étaient invités tous les chefs d’entreprises existant depuis 2 ans au maximum. J’ai eu l’occasion de créer des liens avec des banquiers, des assureurs, des informaticiens, des décorateurs ou designers (entre autres). Nous avons, bien sûr, fini autour d’un apéritif dinatoire pendant lequel nous avons pu discuter des problèmes que nous rencontrons mais aussi, et surtout, des projets que nous pouvions partager et dans lesquels nous pouvions nous unir. Ce réseau, loin de nous mettre en présence de concurrents, développe la cohésion et l’entraide. Nous savons ainsi sur qui compter ou vers quel confrère diriger un client pour une mission que l’on n’a pas le temps ou la compétence pour assurer. Ou mieux, s’associer pour la réaliser.

Dernière chose, pas des moindres, le réseau Ecobiz organise, deux fois par an, un cycle de conférences, appelé “Les Oséades”, qui regroupe des acteurs économiques, juridiques et commerciaux importants : banques, assurances, juristes, CMA, CCI, Medéf, entre autres.

 

4) Est-ce que le régime auto-entrepreneur s’est immédiatement imposé comme la solution idéale pour votre projet ou avez-vous hésité (ou commencé) avec un autre statut d’entreprise ?

J’ai créé mon entreprise PARCE QUE je venais d’entendre parler du régime auto-entrepeneur, et je n’ai pas hésité, sur le statut. Je n’en ai pas eu d’autre, parce que je n’avais pas d’argent à investir dans mon affaire. J’aimerais arriver à passer à autre chose, mais pour le moment, c’est idéal. Quand l’idée a eu vraiment fait son chemin, en terme de projet, de rêves, d’images d’Epinal, parce qu’une entreprise, c’est aussi cela, j’ai commencé à me  tourner vers la CCI de l’Ain, dont il y a une succursale à Ferney-Voltaire, près de chez moi. Mais là, on m’a dit qu’ils ne s’occupaient pas des auto-entrepreneurs. Et je suis tombée, tout à fait par hasard, sur un article de journal qui parlait des “Oséades”. J’ai donc pris 15 jours de congés en novembre 2012, pour y participer. J’ai eu toutes les réponses dont j’avais besoin, j’ai fini de mûrir mon projet, et je me suis lancée.

 

5) Comment faites-vous pour démarcher et trouver vos clients ? Est-ce que votre statut d’auto-entrepreneur donne confiance ou pensez-vous au contraire que cela est un frein pour leur donner confiance ?

Il y a encore quelques mois, je démarchais par mail, tard le soir, mais je pense que les mails devaient aller à la corbeille à 9h du matin. J’avoue que c’est beaucoup plus facile depuis que je suis au chômage, car j’ai du temps dans la journée, pour appeler ou rendre visite à des professionnels, distribuer des prospectus dans les boîtes aux lettres, chez des commerçants etc.

J’ai participé à deux soirées du festival Musical’été, en juillet et en août, à Annemasse. J’y ai rencontré une grande quantité de prospects tant privés que professionnels. Je me suis fait un bon petit réseau à la CMA et à la CCI d’Annecy, que je fais travailler en leur envoyant des clients, et du coup, ils renverront l’ascenseur dès que possible. Je participe à des petits-déjeuners sur le même principe qu’avec Ecobiz, mais organisés par le Médef. Je rencontre ainsi beaucoup de professionnels que ma démarche intéresse. Je vais participer le 27/09/14, au 1er salon Job’s Meeting 2014 organisé par la Jeune Chambre Economique de Haute-Savoie puis aux Rencards du web, le 2/10/14, qui réunit tout ceux qui comptent dans le monde du web et ou je proposerai mes services pour rédaction ou relecture des sites qu’ils montent.

Je suis inscrite sur des sites tels que Le Bon Coin, Service Malin, j’ai mon propre site et j’entretiens deux pages Facebook “La Plume Ebouriffée” et “Non, on ne dit pas”.

Le statut d’auto-entrepreneur est un statut intermédiaire entre les EURL, SARL et… le travail sous-terrain. C’est une des raisons pour lesquelles il peut effrayer, mais pour le moment, à part à la CMA où on m’a conseillé de ne pas dévoiler tout de suite que je suis dans ce régime, je ne perçois pas de réticence. Les réticences sont liées, je pense, au fait que “n’importe qui” peut se déclarer auto-entrepreneur, et de fait, se donner une qualité professionnelle, et que les gens ont peur de tomber sur “un gugus” qui change les plaquettes de freins au fond d’un parking.

Je pense que ce qui fait peur, c’est que 60 % des auto-entrepreneurs ont disparu au bout d’une année. Je réplique que si on attend dans un fauteuil que le travail arrive, en effet, il y a de fortes chances pour qu’au bout de quelques mois, on se dise qu’on n’a pas choisi le bon statut. Mais c’est l’attitude qui est en cause. Pour ma part, je me donne beaucoup de peine pour me constituer une clientèle, ce qui est le plus difficile, mais cela finira forcément par payer.

De plus, il faut avoir les compétences dont on se réclame. Nous travaillons avec un numéro de siret, pour ma part, je suis inscrite au Registre des Métiers et nous éditons des devis et des factures où le statut doit être mentionné. Les revenus sont déclarés au RSI. Je suis souvent encouragée, quand les gens savent que je démarre dans une activité sous ce statut. Ils sont assez enthousiastes. Et j’ajoute que, contrairement à une rumeur qui circule, nous ne prenons le travail de personne.

En effet, en travaillant seul, un auto-entepreneur exerçant un métier du bâtiment ne pourra pas se placer sur un chantier de construction où va intervenir une entreprise plus importante. Par contre, il va pouvoir aller chez un particulier resceller un carreau de sol, réparer une fuite ou déplacer une prise de courant, tâche que la grosse entreprise va délaisser parce que pas assez rentable…

Nous n’avons donc pas du tout le même domaine d’intervention, pas la même cible de clients. En faisant appel à un auto-entrepreneur, le client est sûr d’avoir toujours la bonne personne en face et je mets un point d’honneur à traiter très vite les demandes. Dans mon métier, je peux venir en renfort dans une équipe temporairement débordée, alors que l’embauche est difficile parce que plus définitive. Et je vais bientôt avoir la fierté de payer mes premières cotisations au RSI.

 

6) Avez- vous préparé votre projet de création d’entreprise avant de vous inscrire en auto entrepreneur ? Quelles ont été les étapes pour préparer ce lancement ? Avez-vous fait une étude de marché, un business plan, une formation en création d’entreprise ? Avez-vous rencontré un comptable ou un conseiller ?

En fait, je suis une pragmatique rêveuse, parce que je n’ai pas fait de plan, pas d’étude de marché…. Pour avoir beaucoup pratiqué en bénévolat, je sais qu’il y a une demande. En diversifiant mon offre (corrections, secrétariat, cours, assistance aux démarches), je me suis dit qu’un peu de l’un, un peu de l’autre, j’allais y arriver. Et j’habite dans une région qui comprend une centaine de nationalités. Beaucoup de ces étrangers ne maîtrisent pas la langue, ou pas assez, ni le système, et la région est assez riche. Par conséquent,  je me suis dit qu’il fallait essayer, et c’est un des bons côtés du statut d’auto-entrepreneur, il y a peu de chance de faire faillite. Au pire des cas, j’aurais dissous ma société si je n’avais pas eu de succès. Pour le moment, on paie si on travaille, c’est pourquoi, il y a peu de risques.

Je n’ai pas non plus eu de formation de gestion, elle n’était pas obligatoire et la compta est simple, comme celle d’un ménage. On n’est pas soumis à la TVA, on ne déduit aucune charge, on est imposé sur le chiffre d’affaires et on paie un peu moins de 25% de charges au RSI. Plus simple, ça n’existe pas. Par contre, j’ai discuté, de manière informelle, avec l’expert-comptable du garage où je travaillais auparavant.

 

7) Avez-vous rencontré des difficultés avec les démarches administratives et si oui comment les avez-vous résolues ?

Non, je n’ai pas eu de difficulté avec les démarches administratives elles-mêmes, une fois que j’avais ficelé mon projet. Pas mal de personnes se sont même un peu moquées devant les précautions que je prenais, en me disant que cela se faisait en quelques clics sur Internet. Mais, ça, c’est la dernière étape de la création. Et ceux qui la voient comme la première ne durent pas longtemps dans le système.

Ceci dit, oui, c’est facile administrativement. Par contre, il faut trouver les bons interlocuteurs. Dans l’Ain, où j’habite, j’ai appelé la CCI de Bourg-en-Bresse. Je n’ai pu avoir personne au téléphone, on m’a dit que l’on me rappellerait. Mais cela n’a pas été fait. Je n’avais pas l’impression d’embêter tout le monde, mais en tout cas, de n’intéresser personne.

Du coup,  je me suis tournée vers la Haute-Savoie où on m’a écoutée, conseillée, aidée, encouragée. Encore maintenant, j’ai beaucoup de soutien. Mon siège social est, de ce fait, installé à Savigny, chez ma jeune soeur. Je déclare au RSI de Seynod, près d’Annecy où je vais régulièrement. De toute façon, je suis plus facilement à Annecy qu’à Bourg, sans prendre l’autoroute. Et là, on me traite comme un chef d’entreprise, sans discrimination, je ne suis pas de seconde zone…

 

8) Après ces premiers mois d’activité, quel est votre sentiment ? Quel est votre bilan sur cette aventure et aussi le statut d’auto-entrepreneur ?

Le bilan financier est très mitigé, je démarre, j’ai investi dans ma publicité, tout ce que je pouvais… Je sens des frémissements, qui m’amènent à penser que cela va se mettre en route. Je ne développe, finalement, que depuis janvier, voire février 2014. On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs, et là, je casse les miens. Ca va finir par marcher.

Le statut d’auto-entrepreneur, tel qu’il était quand je me suis déclarée, me convenait parfaitement :

  • payer si on travaille
  • pas de contrainte de temps pour développer
  • possibilité de garder une activité salariée comme sécurité
  • plafond de revenus suffisamment haut (pour le moment)
  • pas de CFE
  • peu de compta
  • la liberté

Les contraintes, c’est moi qui me les impose : je veux répondre rapidement aux demandes, je suis consciencieuse, je souhaite rencontrer mes clients le soir, ou le week-end si cela leur convient, je me déplace chez eux si nécessaire, quitte à perdre de l’argent pour le moment,  je peux travailler par mail où et quand je veux, même en vacances….

Humainement, je ne pensais pas pouvoir m’essayer à être un chef d’entreprise, aussi,  je suis ravie de m’être décidée. Et j’ai rencontré des gens tellement gentils, sympathiques, intéressants, coopératifs, très différents de moi. Je suis devenue plus indépendante, plus mûre, je pense plus heureuse de partager avec des gens qui m’ont ouvert une porte sur eux.

 

Pour contacter Catherine Falquet : http://www.laplumeebouriffee.ch

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Interview très intéressante !
C’est une excellente idée de proposer des services autour de l’écriture car le nombre de personnes qui ne savent pas faire des phrases de qualité ou même orthographier correctement est vraiment énorme ! J’en connais beaucoup, même dans mon entourage proche malheureusement…

Et lorsqu’il s’agit de faire des documents professionnels, ça peut vite devenir rédhibitoire pour les prospects…

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