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Interview d’un auto-entrepreneur étudiant : Pourquoi j’ai jeté l’éponge !?

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Catégorie(s): Retours d'expérience

Rémi ParentJe vous propose de découvrir l’interview de Rémi Parent, un étudiant qui, après avoir passé 2 ans sous le régime auto-entrepreneur, a décidé de jeter l’éponge.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les difficultés rencontrées ne viennent pas du manque de temps pour mener de front des études et une activité d’indépendant, mais plutôt du manque de maturité et de réalisme des clients face aux budgets proposés pour la création de sites web.

Mais cette durée de 2 ans d’activité est aussi révélatrice d’un problème dont peu d’auto-entrepreneurs ont conscience : lorsqu’ils ne réalisent pas de chiffre d’affaires, ils  finissent sous le régime réel dans lequel ils vont devoir payer des cotisations forfaitaires, ce qui peut être encore plus pénalisant… il ne faut donc pas croire qu’une entreprise s’éteint d’elle même lorsqu’on est radié du régime auto-entrepreneur, car on risque au contraire une très mauvaise et coûteuse surprise que nous présente Rémi …

 

1) Bonjour Rémi, tu t’es lancé il y a 2 ans en créant ton auto-entreprise, mais tu viens tout juste de rendre les armes en cessant ton activité. Peux-tu nous expliquer les raisons de cette cessation d’activité ?

Bonjour Ronan. J’ai effectivement mis un terme à l’activité de mon auto-entreprise le mois dernier, juste avant la fin de ma seconde année d’exercice. N’ayant dégagé aucun chiffre d’affaire durant cette période comme plus de la moitié des auto-entrepreneurs, cette date était synonyme de radiation du régime. Beaucoup d’auto-entrepreneurs pensent que l’entreprise est simplement supprimée, mais en réalité elle bascule dans le régime de la micro-entreprise. Cela signifie qu’en plus des cotisations proportionnelles au chiffre d’affaire, il y a une part fixe (342€ par trimestre) à verser, ce qui n’est absolument pas avantageux dans mon cas. J’ai donc réagi en faisant moi-même une demande de radiation de l’entreprise.

 

2) Quels services proposais-tu et comment as-tu fais pour tenter de trouver des clients et pour les convaincre ?

Etant étudiant en informatique et en particulier développeur web, mon entreprise proposait notamment la conception de sites vitrine permettant de bénéficier d’une présence sur le web. L’objectif de cette création était avant tout de pouvoir répondre de manière professionnelle aux différentes demandes de mon entourage que j’avais reçues ici et là : groupes de musique amateur, commerçants, CV en ligne… Il est toujours plus sérieux de présenter un devis avec un numéro SIRET qu’une estimation sur un coin de table.

Les différents contacts que j’ai eu venaient du bouche à oreille ou en me trouvant sur les moteurs de recherche grâce à mon site web personnel.

 

3) Que pense-tu du régime auto-entrepreneur et quel est ton ressenti face à cette expérience de création d’entreprise, mis à part les difficultés propres à ton activité ? Le resents-tu quand même comme une expérience enrichissante et conseillerais-tu à quelqu’un de se lancer pour le vivre ? Qu’as-tu appris finalement pendant ces 2 années d’activité et qui pourra te servir à l’avenir ?

A première vue, le régime auto-entrepreneur est simplissime : la boîte est créée en quelques minutes en remplissant un formulaire en ligne, on ne verse une cotisation que si l’on dégage un chiffre d’affaire et il suffit de remplir sa déclaration de revenus tous les trimestres.

Mais ensuite on découvre que si l’entreprise est radiée pour absence d’activité, elle bascule dans un autre régime plus contraignant dans lequel il faut s’acquitter d’une cotisation fixe. Après 2 ans d’activité, une cotisation supplémentaire de 210 à 2100€ (selon le lieu et le montant du CA réalisé) nous est aussi demandée, encore une fois même si le CA est nul pour l’année en cours. Un de mes camarades de classe également auto-entrepreneur va, par exemple, devoir se séparer de 75% de son chiffre d’affaire à la fin de l’année. Dans certains cas, l’auto-entreprise peut donc coûter de l’argent…

Je peux conseiller à quelqu’un d’opter pour ce régime, mais uniquement après s’être bien renseigné. Ce qui n’est pas toujours évident étant donné le fait que les informations sont éparpillées sur Internet et parfois contradictoires d’un site à l’autre.

 

4) Avais-tu préparé ton projet de création d’entreprise avant de t’inscrire en auto entrepreneur ? Avais-tu fait une étude de marché, un business plan, une formation en création d’entreprise ? Avais-tu sondé ton marché avant de te lancer pour savoir si tu pourrais trouver des clients ?

La préparation a été relativement sommaire. J’ai discuté avec des personnes ayant franchi le pas, j’ai lu bon nombre d’articles au sujet du statut auto-entrepreneur sur Internet et ai décidé de me lancer devant la simplicité des démarches. Pour moi, cela n’engageait à rien et n’allait rien me coûter, ce qui n’est pas forcément le cas comme je l’ai expliqué précédemment.

Ma seule formation venait de mon école. Mes connaissances n’étaient donc pratiquement que techniques, je n’avais encore aucune notion de business plan et vaguement entendu parler d’étude de marché. Concrètement, je savais faire mon travail mais pas comment lui trouver une place sur le marché.

En recevant de nombreuses demandes de création de sites web par des personnes de mon entourage, j’ai pensé qu’il serait aisé de trouver des clients. C’est le cas, beaucoup de monde veut son propre site web mais peu en connaissent réellement le prix. Une radio locale est allée jusqu’à me proposer 80€ pour créer un site de rencontres qui en aurait valu entre 5 et 10k€ avec les fonctionnalités de base. Il faut alors rivaliser avec le neveu de 13 ans qui va faire un travail approximatif pour une somme dérisoire et les développeurs qui travaillent sans statut particulier en proposant des tarifs bien plus compétitifs. Les entreprises plus importantes, elles, préfèrent se tourner vers des agences web.

 

5) Qu’est-ce qui a changé dans ton esprit entre le moment de l’excitation de créer ton entreprise, et maintenant que tu as décidé de cesser ton activité ? Serais-tu près à créer une nouvelle entreprise, et dans tous les cas, que ferais-tu différemment si c’était à refaire ?

Maintenant, j’ai deux ans de plus. Je n’avais que 18 ans lors de la création de mon entreprise et je finissais à peine ma première année en supérieur. Grâce à (à cause de ?) la simplicité des démarches, je me suis jeté à l’eau sans vraiment apprendre à nager. Entreprendre, ça ne s’improvise pas. Si je dois créer une nouvelle entreprise, et cela arrivera sans doute, il ne faudra plus négliger la préparation en amont.

 

6) Cette activité d’auto-entrepreneur tu l’as lancée alors que tu étais encore étudiant. Est-ce réaliste de mener les 2 en parralèle (études et entrepreneuriat) ? Le manque de temps ne serait-il pas aussi responsable du peu de résultats que tu as pu obtenir en terme de chiffre d’affaires ?

Malgré le fait que mes études soient chronophages, il serait exagéré de mettre cet échec sur le compte du manque de temps. Je pense que c’est aussi un des objectifs du régime auto-entrepreneur : permettre de générer une source de revenus complémentaire sur son temps libre, que l’on soit étudiant ou employé.

 

7) D’après ton expérience, quelles sont les compétences qu’il faut développer si on veut se mettre à son compte et réussir ? As-tu des compétences que tu souhaites développer suite à cette expérience ?

En plus des compétences propres à son activité, il faut savoir vendre son produit ou ses services. C’est un point qui a pêché dans mon activité et un aspect que je devrais travailler obligatoirement si je suis amené à me lancer dans un nouveau projet entrepreneurial. Un indépendant doit pouvoir jongler entre différentes casquettes.

 

8) Quelle est la suite pour toi à la rentrée ? Poursuis-tu tes études ou vas-tu chercher un emploi (voir les 2 en parrallèle encore une fois ?).

J’attaque ma quatrième année d’études en vue de décrocher un master. Nous sommes amenés à réaliser plusieurs stages en entreprise, à la fois en temps partiel pendant les périodes de cours et en temps plein durant l’été. J’emploierai mes temps libres au développement de quelques projets personnels. Qui sait, peut-être auront-ils plus de succès ?

 

Pour contacter Rémi : http://remiparent.com

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Très intéressante cette interview, merci pour le partage

Effectivement très intéressante mais on peut s’interroger comment après tant de tergiversations durant plus de 2 ans pour soi-disant «améliorer» ce statut tellement imparfait pour ce nouveau gouvernement, on n’ait au final pas résolu ce problème mais en plus grévé ce statut d’une CFE forfaitaire obligatoire qui a elle seule peut déstabiliser bien des entreprises individuelles.

Le point 1, bascule dans le régime de la micro-entreprise après 2 ans sans CA si pas de déclaration de cessation d’activités et de ce fait paiement part fixe (342€ par trimestre)…, nécessiterait des explications supplémentaires et des liens en référence.
Merci

Je pense que le meilleur conseil qu’on puisse donner a un futur auto entrepreneur c’est de ne se lancer dans le statut qu’au moment de signer son premier contrat (sur un devis on peut parfaitement indiquer que le numéro de SIRET est en cours d’attribution).
Par ailleurs il faut savoir s’adapter aux demandes des clients surtout quand on débute. Si une radio veut un site de rencontre pour 80€ il suffit de leur produire une site minimaliste et d’expliquer que pour avoir quelque chose de plus attractif, il faut envisager d’investir plus.
Enfin il faut bien comprendre qu’en tant que débutant on ne peut facturer comme un pro qui a 15 ans d’expérience car on passera beaucoup de temps a se former et que ce n’est pas au client de supporter cette phase d’apprentissage.

bon et bien moi je me demande si je ne vais pas dissoudre mon entreprise maintenant car là le CA est nul et je n’ai pas du tout envie de tomber en micro entreprise et devoir payer un truc que je ne pourrais jamais payé faute de moyen

Je suis quand même très surprise que Rémi n’est pas réussi à faire le moindre chiffre d’affaires en 2 années d’activité !

En cherchant bien et en appliquant certains conseils (on en trouve de très bon sur ce blog pour trouver des clients ou se rendre visible sur Internet), il aurait pu décrocher quelques contrats pour se lancer vraiment…

Bonjour Rémi, je suis auto-entrepreneur dans l’informatique depuis fin janvier et j’ai commencé à générer du chiffre d’affaire au bout d’un mois. Je n’ai pas vraiment fait de publicité car j’avais beaucoup de problèmes personnels à régler. Depuis début mai, je fais donc ma publicité sur les sites d’annonces les plus connus et je distribue ma carte en boîte aux lettres. Les retours que j’ai eu sont dus à la carte. J’en ai donc conclu que les gens se méfient de la publicité sur Internet.
Pour toi, Rémi, je pense que ton échec est tout simplement dû à ton manque de souplesse. En effet, règle de base pour tout le monde : NE JAMAIS METTRE TOUS SES OEUFS DANS LE MEME PANIER.
Ainsi, je propose des services dans le développement (divisé en 3 : web, logiciel et mobile), le réseau, dépannage, graphisme, automatisme, formation, etc.
Il faut également savoir adapter ses tarifs quasiment en temps réel mais surtout bien répondre à la demande du client dans les devis. La statut d’autoentrepreneur permet en effet de faire des tarifs très attractifs tant que l’on n’a pas d’employé et que l’on bénéficie d’une réduction de cotisation (les 2 premières années).
Enfin, le fait de penser à l’argent handicape fortement l’esprit pour produire du bon travail. C’est pourquoi je déconseille le business plan car ça nous diminue encore notre souplesse étant donné que l’esprit est concentré sur des objectifs précis et ne saura donc pas s’adapter aux aléas.
…..

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