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Découvrez l’univers impitoyable des graphistes freelance avec l’Interview d’Emilie Jarrige

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Catégorie(s): Interviews, Retours d'expérience

Je vous propose de découvrir l’univers des artistes et graphistes en freelance à travers l’interview et le parcours d’Emilie Jarrige (que vous pourrez retrouver sur de nombreux réseaux sociaux sous le pseudo Sakuems). Outre les aspects pratiques autorisées (ou non) par une inscription à la MDA (Maison Des Artistes) versus une inscription en auto-entrepreneur, c’est un univers à part entière que vous allez pouvoir découvrir.

Emilie partage énormément d’informations et de conseils qui pourront vous être très utiles, que vous soyez vous-même artiste, graphiste, ou même si vous exercez une toute autre activité mais que vous cherchez à vous faire connaitre sur Internet, à y trouver des clients !
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1) Bonjour Emilie, merci d’avoir accepté de répondre à cette interview. Je suis d’autant plus honoré que j’adore tes illustrations ! Tu es donc graphiste et illustratrice freelance mais plutôt que de travailler en auto-entrepreneur tu es inscrite à la MDA (Maison des Artistes). Peux-tu nous expliquer en quoi consiste un statut de freelance/indépendant inscrit à la MDA, qui peut effectivement s’y inscrire ? Enfin peux-tu nous présenter ton activité au quotidien (quelle est la vie d’une illustratrice freelance et quels sont les tâches pas forcément plaisantes mais obligées pour gagner sa vie avec sa passion des arts graphiques) ?

Bonjour ! merci à vous pour votre intêret pour mon travail :)

Je suis peintre et illustratrice avec une formation en graphisme. Au quotidien, j’utilise assez peu mes connaissance en graphisme car je n’aime pas particulièrement ça. J’ai simplement passé un diplôme professionnalisant mais je n’avais pas en tête de devenir graphiste car l’aspect 100% commercial me déplait fortement. En tant que peintre et illustratrice, il y a un aspect commercial aussi mais moindre, il n’est pas dans la création elle même mais dans la diffusion de celle-ci et cela me plait plus.

Lorsque l’opportunité de travailler pour une entreprise s’est presentée, j’avais 20 ans et j’étais encore étudiante. je ne connaissais rien aux statuts juridique et je ne pensais même pas possible de pouvoir vendre et déclarer des revenus artistique légalement.

J’ai été contactée et la personne qui voulait passer commande  m’a expliqué le principe de la MDA. J’étais perdue, j’ai demandé à d’autres graphistes de m’expliquer ce qu’on demandait et j’ai choisi la MDA car c’est la seule organisation que je connaissais et parce que je pouvais m’y inscrire en tant qu’étudiante.

J’ai fait 2 commandes pour cette entreprise en utilisant uniquement mon numéro d’ordre. J’étais même pas au courant qu’il fallait un numéro de SIRET … J’avais besoin d’en savoir plus, donc une fois mes études finies, j’ai posé des questions à droite à gauche et j’ai lu un ouvrage essentiel : “Profession: graphiste indépendant” par Julien Moya et Eric Delamarre. La maison des artistes est un choix évident pour tout artiste peintre voulant vendre des créations originales : peintre, sculptures, aquarelles et par la même les droits d’auteurs de l’exploitation de ces dites œuvres, à une différence près, c’est qu’un artiste MDA ne peut pas exploiter lui même des dérivés de ses œuvres. Je dis donc que c’est évident car en tant qu’artiste peintre, vous être exonéré de CET,  TVA (jusqu’à un certain plafond) mais surtout, les cotisations sont bien plus faibles (après calcul, abattement, on tombe à 11.80% du CA). Je trouve donc que rester en MDA est bien mais se pose la question d’exploiter mes œuvres sous d’autres formes (tirages, photos, posters, cartes, marque pages etc) car je ne peux pas déclarer ces revenus là via cet organisme… c’est un autre problème, raison pour laquelle je m’intéresse au statut d’auto-entrepreneur.

En revanche, un artiste peintre n’est pas obligé d’être à la MDA: pour certains, il est plus simple de tout passer en auto-entrepreneur quitte à payer plus de cotisations mais je trouve l’opération risquée. Peut-être si une activité est très rentable, cela peut valoir le coup mais c’est aussi pour ça que certains cumulent un double statut AE-MDA en déclarant la vente d’originaux et de droit d’auteurs en MDA et le reste en AE. C’est le statut que je veux mais pour l’instant, la vente d’originaux étant majoritaire, je n’ai pas d’intêret à changer. Donc voilà en gros, c’est compliqué, l’artiste étant encore difficilement cernable d’un point de vue juridique et en tant que métier aussi …

 

Ensuite, au quotidien, il y a de multiples obligations qui ne sont pas liées à la création même : rester consistant, concentré, régulier. Se créer soi même ses obligations, ses horaires, ses deadlines … tout ceci doit être mis en place et respecté autant que possible. Je n’y arrive pas personnellement: après 1 an déjà je suis encore déstructurée, même si j’avance dans mon travail, je me vois obligée de mettre des délais larges et plus abstraits (par exemple faire 10 illustrations dans le mois) et j’avance comme cela. Quand j’ai des délais plus précis, j’arrive à gérer car j’ai l’habitude de travailler sous pression (mes souvenirs de dossiers et travaux scolaires en master me rendent service, vu le nombre de fois où j’ai fini 2 jours avant, voir la veille même) et donc je suis capable de produire vite et bien. Ce n’est pas forcément très sain mais certains fonctionnent bien comme ça et l’avantage du freelance c’est que je peux travailler non stop 2 jours et dormir le 3ème. Voilà l’aspect purement gestion du travail.

Après, il faut être constamment à l’affut de ce qui se passe et qui peut nous servir : salons, marchés, galeries qui cherchent des artistes, se présenter etc. J’ai pris l’habitude d’avoir des cartes de visite sur moi en toutes circonstances. ça ne m’a jamais servi pendant 1 an et un jour je suis tombé sur une expo temporaire, le galeriste était seul et je me suis lancée. J’avais une chance sur deux, ça me semblait valoir le coup. Il a eu un coup de coeur et m’à acheté 3 oeuvres et commandé une autre. C’était ma première expérience pro, dans ce milieu si fermé. On m’avait critiqué aux beaux arts et finalement, ce que mes profs n’aimaient pas, c’est ce qui plait aujourd’hui car c’est différent de l’art contemporain mainstream. Mais ça ne tombe pas du ciel : Il faut prendre le risque d’avoir des refus (j’en ai eu beaucoup) et il ne faut pas perdre de vue qu’on fait un vrai métier et qu’il est dur. Il faut être solide et accepter la critique mais il faut aussi garder en tête qu’on essaye de vivre de son art et même si je ne suis pas portée sur l’argent, j’estime normal de pouvoir payer mon loyer. Donc si quelqu’un me dit que je suis trop cher, je passe mon chemin. Savoir dire non est effrayant, surtout quand on a peu de commandes mais il vaut mieux en avoir moins, de qualité, que beaucoup, bon marché.

Donc être sur le qui-vive, sur ce qui se passe dans son milieu, c’est important !

Je tiens une chaîne youtube, une page facebook, un blog, un site web, je suis sur différents site collaboratifs (HitREcord, paigeeworld, cfsl.net) car tout est bon pour être vu. Il y a beaucoup de gens qui font ce métier et si vous ne dites pas qui vous êtes, personne ne le saura. C’est à vous de le dire, haut et fort, et d’être pertinent avec vos créations derrière. Je n’aime pas faire ma pub, j’aime créer, moi, mais comme je dois gérer mon entreprise en tant que tel, je n’ai pas le choix.

Donc c’est l’aspect moins fun du métier mais on se prend au jeu quand même. Il faut une âme d’aventurier et un peu casse cou pour travailler en freelance :)

 

 

2) As-tu hésité avec le régime auto-entrepreneur et peux-tu nous expliquer les différences, avantages et inconvénients que tu vois par rapport à une inscription à la MDA ?

Je n’ai pas hésité car je ne connaissais pas le régime AE quand je me suis inscrite à la MDA.

Maintenant que je connais les différences, je pense que ça dépend vraiment de son activité. Si on estime vouloir axer son activité sur la vente d’originaux,  vente en galeries, droits d’auteurs etc. la MDA est parfaite, simple, et les cotisations sont faibles. Le plafond est assez large pour débuter cette activité donc c’est une bonne organisation et les cotisations sont faible (11.80% du CA).

En revanche si on veut exploiter d’autres milieux, qu’on fait de la création plus large et qu’on veut pas déclarer à droite à gauche, le régime auto-entrepreneur est plus large donc plus simple à gérer mais a l’inconvénient d’avoir des cotisations plus élevées (18.30% du CA).

Et il y a la version un peu bancale mais légalement possible d’avoir le double statut et de déclarer chaque type de revenus dans chaque organisme.

A l’heure actuelle, je n’ai pas dans l’idée de changer ou de passer en double statut mais il est possible que dans quelque mois je change d’idée … tout dépend des contrats, si jamais j’obtiens des devis avec les maisons d’éditions que je compte contacter et qu’elles exploitent mes œuvres, je pourrais tout passer en royalties ou droits d’auteurs donc je resterais en MDA. Mais si jamais ça ne marche pas et que je me vois obligée d’exploiter moi même mes œuvres à plus grande échelle, je passerai sans doute en double statut.

 

 

3) Es-tu aussi salariée ou est-ce que ton activité de graphiste/illustratrice freelance est ta seule source de revenu ? Quelles sont les conditions à respecter pour pouvoir cumuler une activité de freelance à la MDA et être par ailleurs salarié(e) ?

J’étais en stage de fin d’étude depuis 6 mois et en bonne voie pour rester mais la société a subi une refonte de la direction quelques semaines avant la fin de mon stage et j’étais dans le creux de la vague : il n’y avait plus de boulot. J’avais d’autre pistes mais rien de très motivant, je me suis dis que je ne risquais pas grand chose à tenter le freelance vu que je n’avais pas d’enfants, pas de crédit à payer et que je vivais chez ma mère. J’ai fait une demande de RSA en octobre 2012, je me suis inscrite à l’INSEE en novembre 2012 et c’était parti !

Je suis suivie par le conseil général de mon département en tant que travailleur indépendant au RSA: chaque année il est réévalué en fonction de mes revenus artistiques. Ca m’aide à vivre le temps que mes autres revenus prennent le relais. Pour l’instant, le RSA contribue à 60% des mes revenus environ et le reste vient de mon activité.

Je ne sais pas comment cumuler une activité salariée avec la MDA, je n’ai jamais eu besoin de l’info donc je ne peux pas répondre.

 

 

4) Quel est ton parcours avant la création de ton activité et pourquoi avoir décidé de créer ta petite entreprise ?

J’ai fait un lycée professionnel en communication graphique, puis 3 ans aux beaux arts. C’était un monde à part, j’ai subi beaucoup de pression et de critiques sur mon travail. Je n’étais pas assez mainstream, pas assez “folle”, pas assez contemporaine. C’était un monde trop loin des réalités. En sortant des beaux arts, j’étais officiellement graphiste mais avec 3 ans de retard sur le milieu professionnel, malgré des stages en lycée pro. C’était pas réaliste, pas concret et il me fallait des connaissances et compétences de gestion. J’avais besoin d’en savoir plus sur la création d’entreprise et la gestion de projets alors je suis parti à polytech nice où j’ai obtenu un master de management en projets innovants en jeux vidéos. J’avais dans mon idée de bosser en freelance depuis pas mal de temps (j’ai toujours été un peu marginale, à part), je n’aime pas le monde de l’entreprise classique. Je m’ennuie vite et je ne voulais pas travailler pour la même personne, sur les mêmes projets, dans le même style graphique (qui n’était pas le mien en plus) pendant des années.

Après mon stage de fin d’étude c’était encore plus évident. J’avais participé à de beaux projets mais au final, j’avais fait un peu la même chose pendant 7 mois. J’avais envie et besoin de liberté de création mais surtout de pouvoir jongler entre différent projets, thèmes et façons de travailler. La variété est essentielle et j’essaye de limiter la routine autant que possible. Et j’ai de gros soucis avec la hierarchie, je n’aime pas et je n’ai jamais aimé être en dessous des autres et avoir quelqu’un qui décide pour moi mais je n’aime pas pour autant être leader ou décider pour les autres. Je voulais être mon propre décideur pour moi et travailler d’égal à égal avec d’autres personnes. Donc je suis partie en freelance :)

 

 

5) As- tu préparé ton projet de création d’entreprise et dans ce cas quelles ont été les étapes pour préparer ce lancement ? As-tu fait une étude de marché, un business plan, une formation en création d’entreprise ? As-tu rencontré un comptable ou un conseiller ?

Pendant mes 2 ans en master j’ai pu me renseigner sur pas mal de choses: veille industrielle, technologique, étude de marché etc.. j’avais tous les outils, je me suis donc lancée et j’ai étudié toutes les possibilités :

  • Je suis artiste, qui a besoin de moi ? maison d’éditions, galeries, particuliers, festivals, marchés, livres pour enfant, jeux vidéos etc. etc. la liste est immense.
  • Ensuite, combien je coûte ?
  • Que dois-je prendre en compte ?
  • Combien de CA je dois faire pour en vivre ?
  • Qui dois-je contacter ?

Tout un tas de questions, d’éléments à comprendre et à choisir. Savoir aussi se positionner face aux autres du même milieu :

  • Qu’est-ce que je fais de différent, mais de qui que je suis proche ? l’art est subjectif mais il répond à des critères quand même.
  • Pourquoi tel ou tel artiste marche bien et moi non ?
  • Qu’est-ce qu’il a fait que je n’ai pas tenté etc… toujours, toujours surveiller.

En fait je ne cesse jamais de préparer ma création d’entreprise, on a jamais fini de faire ce qu’il faut faire.

J’ai aussi été suivi par l’ADREC Auvergne avec accompagnateur :

  • qu’avez vous fait actuellement ?
  • quels sont vos projets ?
  • vers qui allez vous vous tourner pour développer votre activité ?

J’ai eu 5 rendez vous avec un suivi d’avancement pour prouver que j’étais sérieuse afin d’obtenir l’aide du conseil général car oui, il ne suffit pas de créer son siret et d’avoir le RSA pour être “pépère tranquille” c’est un vrai projet derrière et je suis surveillée. J’ai également eu quelques cours à l’ADREC, dans le cadre de mon suivi : marketing, négociation, relation clientèle, développement du réseau et site internet. Je n’ai pas appris beaucoup plus que ce que j’avais vu en master mais c’était plus concret car j’ai pu rencontrer d’autres créateurs d’entreprise dans différents milieux avec différentes attentes et soucis. Chacun avait quelque chose à apporter et ça m’a donné un coup de pouce, ça m’a motivée et je suis passée à la vitesse supérieure. J’ai 2 fois plus de commandes que l’année dernière: j’ai fait le même CA en 5 mois qu’en 12 mois. Je suis donc sur la bonne voie.

Je n’ai pas de contact avec un comptable: je me sers des outils en ligne et des livres que j’ai pour calculer. Je me base surtout sur les prix des autres artistes, j’essaye d’être dans la même tranche plus ou moins. Ensuite je tiens ma feuille de ventes avec clients, prix et cotisations correspondantes pour ne pas avoir de surprise : je sais exactement ce que j’ai vraiment gagné et ce que je dois mettre de côté pour payer à la MDA l’année prochaine. Mes comptes sont simples et anticipés donc pour l’instant pas besoin de comptable (mais pas le choix, je ne peux pas m’en payer un !). Plus tard, si mon activité marche bien, je laisserai les calculs et paperasse à une autre personne.

Je n’ai pas fait de business plan à proprement parler car mon activité est bien trop subjective et incertaine: il est impossible de prévoir 2 ou 3 ans avant. Mais je mets des milestones quand même, je me fixe mes objectifs (contacter tant de boites, faire tant de CA etc) car j’ai besoin d’éléments concrets. La création artistique est très instinctive et détachée de la réalité, donc me faire un plan sur l’année c’est obligé mais il est très fluctuant car je ne sais jamais quelles opportunités vont arriver, et le planning change constamment.

 

 

6) As-tu rencontré des difficultés avec les démarches administratives (ou autres) et si oui comment les as-tu résolues ? As-tu bénéficié de certaines aides, d’un accompagnement ou de conseils de la part de professionnels ou de certains organismes ?

J’ai eu beaucoup de mal et j’ai eu quelques critiques de part et d’autres (famille, amis, autres graphistes) comme quoi je n’étais pas prête et trop perdue et incertaine pour me lancer. Sauf qu’il faut bien commencer quelque part et avant d’utiliser les outils, il faut savoir qu’ils existent ! il m’a fallu me documenter longuement avant de me lancer. J’ai mis plusieurs mois avant d’aller m’inscrire au CFE, j’ai lu le livre dont j’ai parlé plus haut, en long en large et en travers, fait des simulations, calculé mon tarif journalier et forfait etc.

Les sites comme CFSL et KobOne m’ont beaucoup apporté. Et puis il faut poser des questions pour savoir ! Donc oui, des difficultés il y en as eu, mais au bout de quelques semaines c’était plutôt bien rodé et je sais a peu près où je vais pour le moment. Il est clair que c’est impossible de tout faire tout seul, il faut chercher les infos et demander de l’aide si on trouve pas. L’administration c’est un peu le bordel mais ils sont ravis de vous aider quand vous voulez faire les choses légalement. Et demandez à vos pairs qui bossent dans le même milieu car ils ont vécus les mêmes choses et pourront répondre à toutes vos questions et surtout, surtout, vous aider à éviter les soucis, les arnaques et les erreurs. On est jamais trop sûr de soit avant de commencer !

Après avoir reçu autant d’informations, je me suis rendue compte que je m’étais faite largement avoir pour ma première commande freelance (en gros j’aurais du être payé 5 fois plus) et que j’avais oublié des dizaines de facteurs à prendre en compte dans la facturation.

 

 

7) J’ai pu voir que tu étais très active sur les réseaux sociaux : tu as ta propre chaîne Youtube dans laquelle tu expliques même comment faire certaines illustrations, tu twittes énormément et tu vends tes illustrations sur des boutiques en lignes ou des sites dédiés au fait main. Peux-tu nous en dire plus sur ta stratégie ou plus simplement ta manière d’utiliser ces réseaux sociaux ? Est-ce la manière la plus performante pour toi de trouver des clients et de les fidéliser ? Travailles-tu également localement sans passer par Internet (marchés, galeries, exposition dans certains commerces, boutiques spécialisées ou autres) ?

Aujourd’hui, on a un outil formidable et complexe : internet. On peut facilement atteindre les gens du monde entier mais c’est à double tranchant : il y a tellement de gens qu’on est vite noyé dans la masse. Il y a des milliers d’artistes sur internet. Pour être sûre de pas me faire oublier, je multiplie les supports et j’alimente tout le temps. Youtube me permet de montrer le processus, le travail derrière mes créations et d’aider les jeunes artistes qui ont besoin d’informations et d’astuces. Ca me permet aussi de gagner un peu d’argent avec la publicité et mon art circule tout le temps sans que j’ai besoin de faire ma pub car les gens partagent ce que je fais : le réseau est essentiel !

J’utilise les boutiques en ligne car c’est le moyen le plus économique et simple de vendre mes créations: la boutique est traduite en anglais et j’ai pu vendre mes originaux et autres créations au Royaume Uni, Etats Unis, Pays Bas, Mexique .. et ça aurait été impossible sans internet.

Je pense que c’est un bon moyen de fidéliser les clients mais surtout d’assurer le suivi: je vois l’ensemble comme une communauté, pas comme des clients potentiels car malheureusement, je touche majoritairement des adolescents et jeunes adultes (12-20 ans) et ils n’ont pas les moyens d’acheter mes créations. Mais cela ne me gêne pas car je touche quand même du monde et petit à petit, je vends quand même. J’ai 2 ou 3 clientes qui reviennent, qui achètent à nouveau donc ça marche, même si c’est à petite échelle.

Ma stratégie c’est d’être sur tous les tableaux, quitte à user les gens: je poste souvent, je parle de ma boutique souvent, je leur pose des questions, j’essaye de répondre à leur envies, je fais des promotions sur certaines créas … c’est un peu l’aspect vendeur de tapis, je n’aime pas ça mais il faut bien vendre ce qu’on fait de temps en temps … je ne sais pas si c’est la meilleure manière de faire mais c’est pour l’instant la seule que je peux mettre en pratique.

 

Le fait d’être bilingue en anglais m’aide aussi beaucoup. j’aurais pu me contenter d’une audience et d’un marché français mais la culture artistique ici est très fermée, très élitiste et très catégorisée. Pour beaucoup de français, je fais du manga et point. Ailleurs, aux US notamment, c’est plus souple, plus large, plus ouvert sur d’autres forme d’arts. La culture n’a pas le même pouvoir et je ne suis pas rangée dans une case. J’ai vendu la plupart de mes oeuvres aux USA et Royaume Uni. Mais je corrige un peu ma vision des choses ces temps-ci: j’ai eu la chance de trouver un galeriste qui aime que je sois différente, alors peut-être que sur certains secteurs il y a de la place pour moi qui sait ! Du coup cette année je me suis renseignée sur ce qu’il y a à faire localement (marchés et salons) et je note les dates. Je prépare d’autres projets à mettre en place dans ma ville (Clermont Ferrand) et en 2015 je devrais faire pas mal de choses ici mais la sélection est dure (sur dossier) donc je ne peux pas me contenter du marché local. Je travaille avec la galerie depuis peu et qui sait, si ça marche, peut-être que ça ouvrira d’autres portes :)

 

 

8) D’où te vient ton inspiration ? Réalises-tu uniquement selon ta propre imagination ou reçois-tu aussi des commandes spécifiques, et cela peut-il être dans un style particulier et pour un usage spécifique (autre que purement artistique) ? Tu as peut-être une anecdote d’un travail réalisé dans un cadre inattendu ?

Ca dépend des projets, parfois j’ai une base comme une image, une photo, une musique, une ambiance : ça m’inspire et je me lance.

Pour le moment je n’ai eu que des commandes à portée purement artistique. Après il y a les commandes précises, portraits ou thèmes ou inspiré d’un autre personnage : en général c’est mon style qui plait donc je n’ai pas eu besoin de m’adapter à autre chose.

J’utilise mon imagination pour 90% de l’oeuvre en question mais j’ai toujours besoin d’une petite référence à la base (posture ou expression) que je modifie largement mais avec cette base: c’est plus facile de se lancer plutôt que de partir de zéro.

J’ai eu mon lot de commandes étranges: il y a 2 ans j’ai fait une série de filles très osées avec des attributs pas très naturels, tout en peinture numérique. J’avoue que c’était très drôle, elles avaient des seins énormes et un petit string voir même aucun vêtement. Mais c’était très bien payé alors j’ai pas hésité lol ! Elles ne sont pas visibles sur le net car ça casse avec le reste de mes créations mais j’avoue, ça m’a bien fait rire à l’époque :)

 

 

9) Vends-tu uniquement des illustrations ou aussi des objets de ta propre création ? Dans ce cas, utilises-tu des sites pour vendre du fait-main et quelle est ton expérience avec ce type de plateforme web ? Envisages-tu de créer une vraie boutique en ligne à ton nom ou avec une marque ?

Comme je disais, je ne peux pas exploiter mes propres œuvres avec le statut à la MDA. Je vends quand même quelques tirages mais cela rapporte très peu donc je n’ai pas d’intêret à changer de statut. Du coup pour élargir mon champ d’action j’utilise des sites d’éditeurs comme Society6 qui impriment mes images sur différents supports et je touche une partie (10%) de la vente.

Ca rapporte peu mais l’avantage c’est que je n’ai rien à faire, seulement ajouter l’image au bon format et hop, ça bosse tout seul ! J’ai gagné très peu sur ce site car il est très axé “artistes” et seulement vendu en ligne, ce n’est pas facile d’accès.

J’aimerais beaucoup avoir ma propre boutique qui propose plus de choses mais je n’aime pas l’idée de me « marketisée » ou de devenir une marque. Je veux que la peinture et l’illustration soit au cœur de mon activité et le reste, les produits dérivés, je préfère que ce soit en sous traitance, exploité par quelqu’un d’autre.

Vendre sur des site comme A Little Market ou Dawanda, c’est simple et rapide, mais ça reste un système de niche: peu de gens achètent de l’art sur le net et il y a une énorme concurrence .. je ne pense pas que ce système soit mieux ou moins bien qu’un autre mais en tout cas il est plus simple à gérer que sa propre boutique. Il y a l’inconvénient des commissions (5% sur le site, 4% Paypal) mais toute situation a ses bons et mauvais côtés. De toute manière, vendre de l’art c’est difficile, peu importe le réseau ou la méthode.

Dans l’idéal, d’ici quelques années, je pense continuer de vendre sur Dawanda et Society6 et puis passer par l’édition aussi pour que mes créas soient vues par plus de monde.

 

 

10) Comme fixes-tu les prix de tes œuvres, des reproductions et des autres créations ?

Ca dépends des œuvres:

  • En général le matériel est faible (de l’ordre de 10€ max).
  • Après je pars sur un tarif horaire brut (10€) et selon le type de créa, il me faut 5, 15h 20h …
  • Je majore des commissions (5% et 4% Dawanda et Paypal) et des 12% de la MDA.
  • Il y a aussi des frais de ports assez conséquents en sus (10 ou 15€)

On arrive vite à des chiffres à 150, 200€ et ça fait peur à beaucoup de gens mais sur ce chiffre, je gagne très peu, les gens ne comprennent pas que c’est un tarif brut : je “perds” beaucoup dessus (en moyenne 30%) et je fais une marge minuscule, avec un tarif horaire très bas.

Je me suis rendue compte qu’il était impossible de facturer à l’heure alors pour la plupart de mes créations, je fais un système de forfait et j’essaye de travailler vite et bien mais même là, c’est un fait : ça peut paraître cher mais je peux pas faire moins sinon je perds de l’argent. Cette méthode c’est pour la vente d’oeuvre directe. Pour les droits d’auteurs c’est impossible de savoir, ça dépend de l’entreprise, de la diffusion, du temps d’exploitation etc.. en plus du temps de travail pur: Il n’y a pas de calcul précis !

Pour les reproductions je fonctionne juste sur le matos et une petite marge car c’est rapide à fabriquer. Je gagne plus sur ce genre de créas mais j’en vends très peu donc au final, ça rapport moins que la vente d’originaux. Il faudrait diffuser des centaines d’exemplaires, alors que j’en vends 2 ou 3 max et que certaines images n’ont même jamais été achetées.

 

 

11) Quels conseils pratiques (ou petits secrets) peux-tu partager avec nous pour trouver des clients et développer ses ventes quand on est graphiste/illustrateur freelance ?

Pour trouver des clients il faut se montrer partout : réseaux sociaux divers, galerie en ligne, cartes de visite à donner aux marchés et salons. Il faut limite polluer l’espace avec vos créations. Je pensais en faire trop et pourtant, quand j’ai rencontré le galeriste qui m’a donné ma première commande, il m’a dit “c’est bizarre je connais beaucoup de monde et j’ai jamais entendu parler de vous”. Comme quoi, j’étais pas sur les bons réseaux et j’en faisais pas assez !

Il faut cibler sa clientèle : vous avez un style, un thème, une pratique, vous vous sentez à l’aide dedans et là vous devez vous dire “qui achète ça ?”. En art, c’est assez spécifique, il faut viser ceux qui ont de l’argent ou alors passer par des intermédiaires qui exploiteront vos œuvres. Où est les trouver ? c’est ça le plus dur et je n’ai pas la recette. Une fois que vous avez réussi à démarrer, gardez une relation avec vos clients est primordial : leur parler, leur donner des nouvelles, leur monter vos nouveaux travaux en exclue. Donnez leur l’impression qu’ils sont spéciaux, et ils le sont : ils vous ont fait confiance, ils reviendront.

Et après il y a le facteur chance : On vend du rêve, on touche à l’affect, le client peut avoir le coup de cœur ou pas: il faut savoir atteindre le plus de monde possible pour trouver ceux qui auront le coup de cœur.

 

 

12) En prenant un peu de recul par rapport à tes débuts, quel est ton sentiment et quel est ton bilan sur cette aventure de freelance et aussi tes relations avec la MDA ? Si c’était à refaire, que ferais-tu différemment ? Et comment entrevois-tu l’avenir ?

Avec le recul, je pense que j’ai démarrer trop vite et trop tôt: j’aurais dû me renseigner avant et m’investir un peu plus en amont.

Avec la MDA ça va, ils ne m’ennuient pas car je ne suis pas affiliée, seulement assujettie.

Je gagne assez peu en fait … mais si je devais refaire ma dernière année, je pense que je travaillerais plus et plus vite. Mais il faut laisser les choses se faire aussi: je n’aime pas me mettre des objectifs trop complexes. Je trace ma route petit à petit et je sais ce que je veux faire. Ca prendra peut-être des années mais ça ne me dérange pas, je n’ai pas de grandes envies. Les gens pensent que vu que je suis patron, j’ai forcément envie de manger le monde et de capitaliser sur des fortunes mais je n’ai pas envie d’être riche, j’ai simplement envie de voir mon art parcourir le monde et en vivre simplement. Si ça marche mieux, c’est super, mais c’est pas ce qui me motive. Mon avenir, je le vois incertain, comme tout freelance, mais j’ai des idées et projets que je met en place tranquillement. On ne sait jamais de quoi est fait demain et tout change très vite alors je ne me projette pas trop loin: je ne sais déjà pas ce que je ferai dans 1 mois alors prévoir l’année prochaine ou plus loin, c’est impossible, et c’est ce que j’aime dans le freelance. Certains ont peur de l’avenir incertain, moi je trouve que c’est ce qui rend la vie intéressante alors je reste confiante :)

Mon seul projet d’avenir, longue durée, c’est d’exposer à l’étranger, un jour ou un autre et pour cela, je dois me concentrer et avancer.

Voilà ma petite histoire !

Merci d’avoir lu mon parcours !

 

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Je suis allée faire un tour sur le net. J’aime vraiment beaucoup tes graphismes.
Je suis « ingénieur papier » en auto-entrepreneur. Je me retrouve beaucoup dans ton interview. Le fait de s’entendre dire par des pros que ce qu’on fait n’est pas beau m’a fait « perdre » 20 ans. Mais aujourd’hui, je m’épanouis enfin avec mes créations.
Fonce et ne te laisse pas détourner de ta voie, tu as du talent.
Anne.

Merci Anne ! je continue ma route ! ^^

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